L'enfant prose
Je suis l'enfant prose, je change en mots toutes vos névroses.
Tous les soucis et problèmes dont on se plaint et qui nous font plier, sous ma plume se transforment en pleins et en déliés.
Des mots à chanter à tue-tête et à cloche-pied. Si 8 et 8 n'en font qu'à leur tête, et si l'amour est un cerisier, comme l'avait écrit le poète en démultiplié. Jacques a dit : « tu peux être un roi, tu peux être un oiseau. Ici une bergère, ou bien un ramoneur. Un train qui fuirait l'hiver, pour la saison des fleurs. » Je peux être un escargot qui s'en irait à l'enterrement d'une saison peuplée de mal-être et de contrariétés, se décomposant en lettres sur une feuille de papier. Je balaierai d'un geste ces feuilles et ces lettres mortes, l'enfant prose est leste pour ceux qu'il réconforte.
Chemin faisant, j'aperçois un vieil homme assis sur un trottoir. Ne m'sentant pas d'humeur aphone, à côté de lui, je me laisse choir. « Salut, l'ami ! Je suis l'enfant prose, je change en mots toutes vos névroses ! » « Ah ouais ? Mais moi j'en ai rien à foutre de tout ton baratin ! A moins qu'tes mots se changent en outre, ou en miche de pain ! » « Mais je, je suis l'enfant prose ! Je change vos maux en rêves roses ! » « Tu sais gamin, ça fait longtemps qu'à l'abandon sous mon bonnet, mes rêves pourrissent et se nécrosent. Et sur ce visage et sur ce gros nez, les seules choses qui jaillissent, ce sont la faim et la couperose. Alors laisse moi tranquille, laisse moi croupir dans ce froid, où l'on oublie sous les soupirs, la misère dont nous sommes tous la proie. » « Mais laisse moi t'aider, ne me chasse pas, attends ! » « Ca fait bien longtemps que nous avons cédé, ici les mots sont vains ; et à présent va-t-en ! »
Assis seul sur un banc, je renifle et soupire : « Je suis l'enfant prose, j'aurais aimé faire quelque chose. Mais peut être que les mots ne sont d'aucune utilité. J'avais un tel ego, mais sans lucidité. Je pensais être fort, je me croyais le maître, pensant soigner les corps, avec mon armée de lettres. Je pensais devenir l'Alain Delon de l'envolée lyrique. Mais faisant le malin dans l'ombre, je n'étais qu'un mausolée peuplé de lombrics. Des lombrics qui seraient verbivores et rimophages, consommant vos soucis mais n'en ressortant rien. Ne voyant qu'mon nombril, j'ai pas vu qu'avec l'âge, aucun homme s'adoucit sous la morsure du quotidien. »
« Allons, allons, tu ne peux plus rien faire pour lui, qui n'a plus d'illusion. Démuni est celui, qui erre, pour qui les mots ne sont que confusion. » me dit une femme, à côté d'moi, étrangement vêtue. Je lui dis d'une toute petite voix : « Mais madame, qui es tu ? » « Enfant prose, tu abuses, cela ne s'voit donc pas ? Allons, je suis la muse, qui des pensées guident les pas. Tu es encore jeune, enfant prose, mais laisse moi te dire, que tu encaisses des ecchymoses, mais que tu peux encore agir. Pas pour ceux qui sont usés, pour ceux qu'on peut encore ravir. Pas pour ceux qui des mots ont abusés, mais pour ceux qui savent encore s'en servir. Regarde donc dans cette salle en fête, tous ces gens qui déclament. Enfant prose, hausse la tête ! Tu es l'essence du Slam ! »
« Mais oui ! Par la bouche du poète jaillissent des paroles, des sentiments et des rêves. Grâce à moi, de ces lettres jaillit cette puissante sève. Je suis l'enfant prose. J'aurais aimé changer vos maux en une quantité de chose. Mais je peux toujours changer en mots vos angoisses et vos névroses. »
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